Rencontrer le duende



Existe t'il un esprit du tango ?

Hier soir durant le cours, une parenthèse fût ouverte à propos du duende. 
(pour aller plus loin : Jeu et théorie du duende)

Pour y avoir goûtée, je suis convaincu de l'existence du duende au sein du tango. Une sorte d'esprit, semblable à celui du flamenco. Un état de corps indescriptible amené par une pré-disposition de l'esprit tout autant intraduisible. 

Cet état de corps, produit une rivière (métaphore forcément approximative), au creux de laquelle, les choses vont de soit, claires, fluides, précises… Porté par le courant, notre corps suit un mouvement préconscient (que l'on nome parfois flow comme par exemple en escalade : La vie au bout des doigts) et qui semble s’écouler naturellement en direction de la rencontre avec le langage.

Cette prédisposition de l'esprit préconscient, transforme en quel que sorte les gouttes éparses en un courant unis. Des gouttes de technique, de souvenirs, d'imaginaires, de fatigues, de joies... s'unissent en un courant qui une fois mis en mouvement, se faufile entre les pierres de l'existence, traverse les étendues, remonte les montages,  pour rejoindre la poésie à l'aide d'un véhicule poétique faisant office de liant.. 



La peinture ou la musique pour certains, la danse et le tango pour d'autres sont autant de liants du duende.

Je pense que tout le monde à un duende à l'état sauvage. Lieu d'où naissent les sentiments, les émotions. Parfois il est l'expression d'une déroutante intimité ignorée jusqu'alors. Conscientisé il devient une sorte d'exitimé, depuis la quelle il est possible de lâcher prise dans l'acte de création. Le grand jeu devient donc de réussir à le (re)trouver et d'en orienter l'expression au travers d'un cadre donné. 

A mon sens, l'une des force du duende, est qu'il fait exploser le langage du tango institutionnel, en l'enrichissant de  son expression, singulièrement foutraque, il lui fournit une multitude de verbes indispensables à la traduction au plus juste de cette musique qu'il perçoit. 


Il alors est intéressant d'observer que là où le registre institutionnel, pose des formes techniques (salida, volcada , abrazzo...) encadré des verbes suivre et guider. 

Le registre du duende fait émerger une multitude de verbes (étreindre, attendre, tenir, lâcher, surgir, s'approcher...) que l'on développe autour d'une forme tango.