Pascale fait l'homme en milonga.... Et alors ?




A la fin de notre article "il ne m'a même pas regardée" , nous posions le fait que dans les milongas conventionnels, genre/sexe/rôle sont assemblés de manière à produire deux ensembles distincts.
  • les corps d'apparence masculins,  corps outils,     corps actifs,  corps qui "fait",  corps dédiés à la production   , corps qui se sacrifient
  • les corps d'apparence féminines, corps ressources, corps passifs, corps qui "est" ,  corps dédiés à la reproduction, corps qui se périment

Et que tout individus non conformes à cet ordre établi se retrouvent confrontés à des violences amenant à la marginalisation.

Et si les individus marginalités arrivent à dépasser les mises en porta-faux, ils produisent des oasis ou se construit un tango du "faire ensemble"

Et c'est ce tango argentin du "faire ensemble" qui fait mauvais genre (Queer)


Comme écrit précédemment, permettre  l'émergence du faire ensemble, passe par une symétrie des savoirs.

Dans un système ou certains s’économisent au détriments de ceux et celle que l'on enferme.  Il est primordial que tous les individus accèdent au seul savoir existant dans le tango : guider.

Tant que ce savoir repose uniquement sur des corps masculins, l'homme produit la danse, et les archétypes qui y sont reliés. C'est au travers de l'homme,  jouant le rôle qu'on lui assigne, que la tanguera apparait.


Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter en bord de piste les commentaires (dé)valorisant portés sur les corps féminins qui guident.

"Pascale fait l'homme en milonga".

Affirmer cela, c'est nier le fait que Pascale guide, remarquablement tout en posant le fait qu'aux yeux de l'individu disant cela, Pascale endosse un rôle, qui à pour effet de produire dans ses bras ....

un homme.

En tant que femme se refuser à guider en milonga conventionnel, reviens à empêcher l'existence des hommes et des tangueros.

Par ce refus, les corps masculins son invisibilisés.

Ils fonts les tangueras, et quand ils arrivent à tenir leur rôle, leur action, transforme les corps féminins en  tanguera.

Une misandrie qui se renverse, une fois que les deux corps quittent l'espace de danse. Car comme ailleurs, le corps qui suit, une fois qu'il a quitté l'espace régit par un savoir faire attribué aux corps masculins, retourne à un néant ni homme ni femme et en incapacité même de s'appartenir.



Alors pour tout individu désirant s'extraire du néant des catégories, et des violences qui leurs sont associés, il est nécessaire de vivre et le mauvais genre (Queer) et en explorer la multitude de rôles et de rapports possibles, pour choisir sa place.

C'est une première marche vers la sortie de ce système hétéronome, une marche nécessaire pour s'accomplir en tant qu'adulte en capacité de choix, libre, éclairé, et pouvant le prouver au reste de la communauté.

Et tant que le système normatif empêche cet émergence, il n'y aura dans le tango, jamais de consentement.

ni dans le duo dansant, ni dans les rôles,

ni dans les corps...