Poésie de la syncope tango


"C'est parce que je tombe que je vole,
face au néant. "                                           
                                             Jean Rémi Gandon

J'écoute alors le tango,
Je danse au rythme des saisons.

Lent. Lent. Vite, vite, lent

Je l’entends, je le perçois, je le sens dans mon corps, ce vide, cette absence.
Quand le mouvement s'arrête, ensemble au bord du précipice happé par la chute, une micro seconde, la sensation de vertige nous envahit, et nous revoilà vivants.
Face au néant, ensemble nous volons, l'espace d'un instant.

Lent. Lent. Vite, vite, lent

Partir des vivants, pour communiquer avec les morts, mettre le pied dans le vide, sentir le flottement.
Comment décrire cela autrement ? C'est là, dans le tango. Vacillant. Jusqu’à la dernière note.
Inlassablement mon esprit se syncope au contact du vide, j'apprends.

Lent. Lent. Vite, vite, lent.

Parfois taquin, je joue avec cette absence.
Mon intention se prolonge alors au plus proche du précipice et seule dans le vide. Je t'y envoie, je te regarde voler, j'attends ton retour.
Tu reviendras je le sais, au son de la musique, dans ce jeu innocent.

Lent. Lent. Vite, vite, lent.

Encore une fois nous y voilà,
Cette fois c'est toi, qui m'y envoies. Je chute alors dans le faux pas, je sors de moi. Perdu un instant.
J'ai envie de te revoir, j'ai envie de te toucher, j'ai envie de te sentir, alors je reviens inlassablement.

Lent. Lent. Vite, vite, lent.

Au son du bandonéon, je marche vers la mort.
Et toi enveloppée de mes bras tu t'opposes à cette vision.
Et pourtant tu suis mon intention..


Qui de nous deux guide l'autre?


Lent. Lent. Vite, vite, lent.
Lent. Lent. Vite, vite, lent.


Au-delà du néant.