À ce pédé qui ne sait pas danser le tango...


-    ça te dirais de faire l’atelier niveau 5
-    Niveau 5 ? Impressionnant, je ne savais même pas que cela existait.


Sujet de distinction, la question de niveau revient souvent dans la communauté. C’est une question qui divise, qui occupe en marge de la milonga. Totalement subjective, et à l’appréciation de chacun.e cette notion de niveau est extrêmement volatile voir virtuelle.

Dans la sphère institutionnelle penser le niveau, revient à la croyance d’une progression unique et linéaire au sein du Tango. Dans la mesure où il communément accepté qu'il faut souffrir, se nier, persévérer, pour progresser. Attaquer quel qu’un sur sa qualité de danse revêtit alors le caractère d’une insulte.

A contrario la reconnaissance du niveau, ouvre quand à elle des espaces de distinctions, des espaces de libertés. Il devient alors possible d’appréhender le rôle pour lequel on n’était pas assigné de base. De porter du rouge à ongle en tant qu’homme sans se faire exclure socialement.

Autant de signes distinctifs permettant à tout le monde une lecture claire, rassurante, induite de la hiérarchie au sein d'une milonga.



 Pour ce qui est du Tango-Queer, prenant sa source dans les milieux LGBTQI et intrinsèquement dans la remise en question du cadre institutionnel par l’exploration des espaces libres entre « ce  qui est » et « ce qui n’est pas » pour pouvoir exister.

Le mouvement prend de facto sa source dans l’espace du devenir (et non du vécu), le Tango devient un espace infini de possibles, se déployant en réseau. Le réseau détruit la linéarité supposée de la progression. Le niveau se dissout alors. 

Par exemple :

•    Il n’est plus nécessaire d’attester d’un niveau de danse dans son « rôle assigné » pour pouvoir apprendre le rôle que l’on souhaite dans le tango.

•    Il n’est plus nécessaire d’être reconnus pour sa danse (sous-entendu être prof) pour se permettre la singularité d'apparence et plus largement vivre la partie performative de la milonga.


La discrimination des commuté LGBTQI au sein de la communauté tango normative, est réel.

Encore nombreux sont les espaces de cours où est impossible de choisir son rôle dès le premier atelier. Ceci exclu de fait les couples homosexuels.

Encore nombreuses sont les milongas où danser son "rôle désiré" sans maitriser son "rôle assigné" trouble l'ordre social, provoquant l’exclusion. Là aussi ce sont les couple homosexuels qui s'en retrouve les premiers exclus.

De fait les espace existant nous projettent systématiquement dans la friction/l'explication/le militantisme de par notre condition LGBTQI.  Nous sommes sans cesse rappelés à l'ordre, nous devons nous expliquer, accompagner..... cela nous empêche de prendre pleinement plaisir dans le tango, vivre cet espace comme un espace de relâche. Venir à la milonga devient alors fatiguant pour nous.  
  
Après avoir fait l’expérience de maintenir une présence continue au sein d'une milonga toulousaine nous en arrivons au constat qu'il est peut être venu le temps pour nous à Toulouse de créer une milonga "officiel" à majorité LGBTQI, faisant l’économie des mécanismes d'exclusion que l'on vit.