Au-delà de la technique.


Au-delà de la technique.

"Et lui il danse ?
pas vraiment ...
Et elle ?
Je ne sais pas.
Alors qui danse ?"


Réfléchissons un instant et rappelons-nous les personnes avec qui l'on a dernièrement partagé une Tanda. De ces personnes quels sont celle dont on pouvait dire qu'elles dansaient (bien ou mal n'est pas la question) ?

Danser est pour moi au corps ce que la Poésie est à l'écriture.

L'écriture offre un cadre s'inscrivant dans une langue, composée de mots, axée autour d'une grammaire. C'est à la personne la maniant, d'agencer ces éléments pour en faire émerger du sens, une esthétique. La part esthétique de l'écriture est ce que l'on nomme communément la Poésie, intraduisible.



Lâchés en plein bal avec un panel de mouvements, agrémenté d'un semblant de grammaire nous tournons en rond. Pour beaucoup d'entre nous l'aventure s'arrêtera ici, incapables de saisir la danse comme un moyen d'expression porteur de sens. Pour la poésie nous repasserons.

Les mots du tango sont assurément triviaux, accessibles à tout âge, et selon une extrême latitude de corps, de conditions physique et d'esprits. L'enseignement est moyennement efficace à les transmettre (sûrement par impératifs économiques) mais y arrive globalement en 2 années de cours, ce qui est extrêmement rapide comparé à d'autres disciplines. Et pourtant l'enseignement butte pour la question du sens.

Il se peut que la forme d'enseignement en soit la cause, en effet la plupart des "cours", marchent sur la l’observation/copie . Ces "cours" omettent aux élèves que jamais ils ne pourront faire à l'identique, ne partageant ni le même corps, ni le même vécu, ni la même sensibilité. Les élèves auront tendance donc a s’enfermer dans une forme mettant en sourdine l'expression corporelle personnelle au profit de celle de leurs référents.  Quel que part... la fabrique des robots.

 


Si le tango flirte actuellement de plus en plus avec la danse contact, je ne pense pas que c'est par simple coïncidence géographique (Buenos Aires étant à priori la première place mondial en terme de danse contact) mais par nécessité. La nécessité d'enrichir sa danse par d'autres moyens moins cloisonnants, permettant l'expression de la singularité. 

La nécessitée d'apprendre à exprimer, avec son corps, son vécu, sa sensibilité, ses limitations pour en faire émerger un tango unique dans les contraintes institutionnelle imposées. 




De toutes les personnes m'ayant touchées dans le tango, étaient pour la plupart issues de la danse improvisée au sens large du terme . Elles m'ont touchées, car elles ne s’appuyaient pas sur une technicité faisant abstraction du corps comme pourraient le faire les personnes issues des arts martiaux ou de la danse classique.

 Elles m'ont touchées car elles exprimaient le corps présent, dans ses limitations, pour en faire émerger de manière sincère, un vécu, du sens, du jeu, un dialogue, une poésie… unique, imparfait, intraduisible.

De magnifiques souvenirs... pour une vie entière.