A l'origine du tango




"La seul manière pour apprendre correctement à danser le Tango c'est le voyage,
Le tango est une danse d'apatrides, de déracinés, et c'est dans le voyage qu'on le rencontre"


De cette parole de tangueros, cette brèche dans mon esprit, changera ma vision du tango centré sur BA. Une question qui reviens souvent dans le cercle du tango, est l'origine de la danse, pensant qu'en trouvant l'origine nous en découvrirons la source de cette matière qui est le tango. Et pourtant il en est globalement tout autre.

En l'état de ce que l'on connait aujourd'hui, il est impossible de savoir d'où vient le tango. L'Uruguay et l'argentine s'en battent la paternité. Beaucoup de folklore et de nationalisme entoure la danse, les considérations économiques et personnelles pris en compte tous deviens trouble. Néanmoins quand nous nous intéressons plus à la source mais à la rivière du tango, celle-ci se déplace globalement entre l'Amérique Latine et l'Europe formant une sorte de vas et viens suivant les époques.

Pour exemple, dans les périodes de violence et d'instabilité en l'Amérique Latine (de 1955 à 1983) le tango en Argentine complètement désuet, est déclaré illégal comme à peu-près tout ce qui touchait à la culture Argentine, et avait tout simplement disparu. C'est en sortant de la dictature en 1983,dans un état en crise économique, que le tango s'est réveillé et s'est revalorisé en tant que produit d'export.

Si le tango n'est pas mort, durant ces époques sombres c'est simplement qu'il s'était déplacé, en Europe majoritairement, loin des pressions sociales. Mais aussi par le monde avec les argentins ayant fuis la dictature. Moyen de retrouvaille et de reconnaissance le tango survécut ainsi disséminé sur le globe loin de son berceau convenu"Buenos Aires".

De tous ces petits foyers de tango disséminés, loin du poids des traditions, sont nés une diversité de forme de tangos, multipliant de facto les sources du tango dansé actuellement.


Il est important de se rendre compte qu'à l’échelle d'une ville, ce ne sont ni la masse des référents, ni le nombre de pratiques, où nombre de personne le pratiquant, qui influent sur la diversité de la danse. Mais le nombre de tanguer(o/a)s de passage. Dans les villes où beaucoup de passage à lieu le tango se renouvelle plus vite.

De manière général les villes aussi grosse soient elles fonctionnent en cercle fermé, et donc très vite la routine s'installe dans un tango très représentatif de l'endroit, si le tango n'est pas décorrélé de la tendance mondiale, la diversité et le renouveau vient à manquer. Le tango se transmettant naturellement de proches en proches en Milonga (Bal). Le tango est normalisé entre les différents acteurs de la ville…Et donc sans passage de personnes extérieures en Milonga on tourne en rond, pendant que le reste du globe lui tourne.....

Constatant ce phénomène, des évènements cherchant à faire se rencontrer ces tangos très différents se sont créés.De là, sont partis, festivals, entcuentro, marathons... Ce sont des points des rencontres temporaires où les tangos différents se conjuguent, se questionnent. Ainsi après avoir partagé nos spécifiés locales, nous rentrerons chez nous avec un tango enrichie des rencontres faites. Nous apportons un tout petit peu d'air sous nos cloches locales dépourvues de passage.

Un cas particulier dans ce réseau de points d’échange reste BA (Buenos Aires). BA a acquis le statut de Mecque du tango. La diversité des passages confronte les tangos du monde entiers, portés par les passionnés futurs référents locaux. BA est un réceptacle où se mélangent les tangos pour en faire une sorte de moyenne définissant le tango de référence. BA intègre ce tango transformé à ses traditions, elle le marque d'exotisme,  le Tango deviens Tango Argentin.

La raison d'être de BA est de valider le tango. Un travail complexe d'on l'existence tout entière du tango dépend. Cette matière que BA valide quand à elle ne peut être produite qu'ailleurs, loin des carcans des traditions et de l'exotisme.

La validation quant à elle, passe par l'appropriation de cette matière par ces danseu(r/se)s, exceptionel(e)s , et Argentins appelé Maestr(o/a)s. Une fois la matière intégrée à leur danse, et validé par leurs pairs, elle se transmet et se valide au niveau de la communauté mondial par le biais de show, workshops, films.....

Et c'est à ce moment-là que nous réalisons le serpent se mange la queue pour le bien de tous.

En effet la matière produite localement sous cloche, est mise en commun par un réseau de point de rencontres plus ou moins significatifs autour du globe. La matière commune, au final, atteint BA. BA trie, valide, intègre, exotise et traditionalise ce qu'elle juge de pertinent au tango argentin de référence.

Ensuite elle propage à son tour ce tango argentin de référence nouvellement enrichie au travers de référents (les maestros argentins). Une fois les cloches locales atteintes par le biais de festivals/films/show celles-ci s'appuieront sur cette nouvelle matière de référence pour produire à leur son tour, libre de considérations, la matière du tango de demain.


En conclusion nous sommes tous la source, et l'origine, du grand fleuve qu’est le Tango Argentin. Ce fleuve à peut-être comme embouchure Buenos Aires. Mais le parcourir, remonter ses sources, l'explorer, le comprendre ... En somme voyager reste en définitive la meilleure façon de se faire une image globale et personnel de ce qu'est le Tango Argentin actuellement.