Dj Tango... c'est compliqué !

2h du matin Berlin, accoudé au bar :
 - "Hey hast du die Petition unterschrieben ? "
("Hey ! As tu signé la pétition ?")



 histoire d'occuper tout est bon a prendre.

 - "Die Petition ? Welches Petition ? Schickt mal..."
 ("La pétition ? Quelle pétition ? Envoie ... ")

 Une feuille A4 circule.

- "Wer hat ein Kulli um zu schicken ? Hey ! Wer für ein Dummkopf hat Paul.K unterschieben ? 
 ("Quel qu'un à un stylo pour signer ? . hey ! Quel est l'imbécile qui a signé Paul.K ? ").

 Une voix se lève

- "Es ist mir, Es is für Paul Kalkbrenner.. Von mindesten gibst endlich ein wahres DJ hier"
 ("c'est moi, c'est pour Paul Kalkbrenner, au moins qu'il y ait enfin un vrai DJ ici".)


 En l'espace une Tanda une quinzaine de signatures s'alignaient sur ce document réclamant un vrai DJ... Ce document n'aura jamais dépassé le bar, ne voulant pas blesser le pauvre bougre qui croyant bien faire aux platines nous avais à tous pourris la soirée....

personne ne sera remboursé, nous nous étions fait avoir, la dernière fois assurément.... si l'on s'en souvient.

 Les Dj's dans le tango doucement gagnent leur reconnaissance. Et d'année en année la communauté se rend compte que le choix des DJ est un facteur important à prendre en compte quand l'on organise un évènement. De ce fait certains DJ deviennent à tort ou à raison des stars.

 Des stars ambiguës, et fragiles qui sont appréciées où dépréciés selon des critères totalement subjectifs.

Par exemple certains adulerons Marcelos Rojas pour sa programmation dynamique t'emportant au bout de la nuit, et d'autres le trouverons grossier par ses annonces au micro style kermesse te faisant sortir de l'expérience du bal à chaque cortina.

Tous les goûts sont dans la nature. Une nature bien capricieuse, balloté par les tendances, et mutations.




 Se lancer dans l'aventure du DJ n'est pas sans risques, et il faut une certaine dose de courage, de folie, ou d'obligation, pour s'y abandonner, là sous le feu de la rampe. Tout comme devenir professeur de tango, devenir DJ , sur la base de l'envie de transmettre ou par nécessité, s'improvise, c'est ainsi, et c'est très bien. La reconnaissance quant à elle fera le tri dans la diversité.

Le plus dur c'est de se lancer, de préférence là où il n'y a pas d'enjeux financier ou de reconnaissance. Se lancer au DJ pour la première fois, directement sur un festival ou en marathon, n'est assurément pas la meilleur des idées.

Pour avoir joué, et m'être littéralement planté dans le rôle de DJ à plusieurs reprise à mes débuts. Voici quel que grosses ficelles techniques aux DJ débutants.

  1. Préparer sa playliste à l'avance, pour la réajuster en live, car fouiller dans sa libraire musical, pré-écouter, choisir, se rappeler, prend du temps et le bal lui ne s'arrête pas.
  2. Avoir la technique qui suit, en gros pouvoir écouter des morceaux en parallèle de ceux qui sont joués par l'usage d'une carte son externe ou d'une source de musique annexe, avoir un casque audio qui isole bien, avoir une table de mixage pour pouvoir faire ses transitions et ajustement rapidement, à la main. Sont d'autant d'élément de confort permettant passer une bonne soirée en tant que DJ.
  3. Ne pas faire 2 choses à la fois.... Quand on fait le dj, on n’est pas là pour danser, ou tailler une bavette. Tout temps gagné est du temps permettant de choisir au mieux les morceaux suivants, sentir le bal sa dynamique, annoter ses morceaux, noter ses morceaux passés (en cas de réajustement), observer, apprendre ...
  4. Ne pas permettre aux erreurs d'arriver.... Un verre de vin se renversant sur l'ordi , un morceau qui se lance a volume max, une tandas qui s'éternise car le DJ fume une clope, c'est d'autant d'erreur ajoutant de la pression propice à de nouvelles erreurs.


De manière générale être Dj c'est:
  • apporter une cohérence musicale à la milonga, proposer un fil rouge, permettant l'expression des personnes dansantes. 
  • être dans le dialogue, au service de la milonga. 
  • avoir du plaisir à partager son amour de la musique (et particulièrement du tango pour notre part). 
  • favoriser par la mise en relation musicale l'émergence de nouveaux tangos qui étaient auparavant dépréciés.
  • savoir rester ouvert, humble et ouvert aux goûts et couleurs. 
  • compliqué...
  Être Dj c'est aussi disparaitre quand le besoin n'est pas nécessaire. Quand les gens sont là juste pour danser ou passer un bon moment c'est globalement inutile, ou quand il n'y a pas plusieurs milonga le même soir le besoin de DJ est globalement discutable.

 Des années durant nous avons dansé sur des compilation pré-faites voir aléatoires toutes musiques confondues, et c'était globalement bien meilleur que certaines performances DJesques actuelles, sûrement moins chronophages en organisation, et plus simple dans les rapports.

 Être le cobaye des DJ débutants , ou simplement des DJ médiocres entêtés c'est à la longue usant voir dangereux (dédicasse spéciale aux DJ sourds, qui font rimer à tord qualité avec volume) Mais quel que part, sans DJ les milongas, seraient bien tristes. Même au bar, là où entre deux verres émergent au bout de la nuit des pétitions bidons, contre un DJ de trop nous ayant pourris la soirée.