Je complote pour briser les codes machistes du tango argentin.

 
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"je complote pour briser les codes machistes du tango argentin."

Ci dessous un résumé sous forme d'interview factice des questions et réponses apportés durant ces 2 journées. 


 Lecteur : Comme cela vous complotez ?

 Livre.Vivant : En effet, je complote. En réalité je n'avais pas le choix gringalet j'étais trop peureux pour l'action directe, j'ai bien tenté les manifestations, mais vraiment trop de monde, trop de bruit, trop anxiogène…Alors je me suis tourné vers la publication, mais là je n'étais vraiment pas assez intelligent, a moitié analphabète on m'a gentiment conseillé au vue de mon profil de faire de la politique... de la politique vous imaginez le topo ?... non vraiment j'ai tourné le dos à tous cela pour comploter. Militer par le complot c'est pratique, pas besoin d'être un super héros, c'est à la portée de tous, c'est facile, c'est concret.


 L : Et vous dansez le Tango ? 

 L.V : Ça peut paraitre étrange mais j'aime cela, ça fait partie de moi depuis presque 10ans... j'ai voyagé dans le Monde pour le tango, j'ai créé des lieux tangos, donnés des cours en plusieurs langues, participé à la création de projets divers en France ou à l'étranger. Et pourtant je ne corresponds pas au cliché de la personne dansant le tango... Ce n'est pas parce que l'on aime une activité que l'on doit en  accepter tous les codes et manières… non ? 


 
L : Oui mais le tango, c'est un peu l'homme qui guide, la femme qui suit. La gomina, les talons hauts. C'est la base. 

L.V : Pas vraiment, les clichés ont la vie dure mais la réalité est tout autre, je me suis rendu compte que le Tango c'est avant tout une sorte
de pâte à modeler. Le tango à une certaine couleur, une certaine plasticité, sur la-quel nous pouvons travailler pour lui faire prendre forme. Il y a autant de Tangos que de personnes. D'une ville à l'autre le tango change. 


 L : Alors à quoi bon comploter si tout est permis ?
 
 L.V : Le Tango est une danse dite sociale (au même titre que la salsa, le rock, le blues ....) ce sont des danses pratiquées par des amateurs, dans une perspective sociale. Tu vas au tango comme tu vas au bar du coin... Et de ce fait la norme, est celle que la société ou le groupe impose par majorité... Et cette norme je remarque qu'elle me gêne, alors je complote pour la changer.


L : Que-vous gêne-t-il dans le tango ? 

L.V : Il me gêne que beaucoup de personnes en sont exclues, soit par discrimination de genre, de sexualité, ou d’âge. Par exemple l’exemple le plus flagrant reste les femmes qui en ont envie mais qui ne dansent pas faute d’être invitéeses. Mais elles  ne peuvent non plus danser entres elles car n’ayant pas accès à l’enseignement du guidage. 


 L : Je comprends que cela vous gêne mais en 2015, comploter c’est has-been

L.V : Au contraire !!!  Comploter c'est moderne et universel, comploter c'est arriver à ses fins de manières indirectes et imperceptibles. Par exemple connaissez-vous le complot des pommiers ? 

 L : Vous me faites marcher, le complot des pommiers .... Vous êtes fous mon brave… même si les pommiers complotent nous somme mal partis. 

L.V : Pas du tout, le pommier à un problème, un problème de reproduction, pour vous dire la gravité de la chose...  Sa graine doit être disséminée loin de lui pour  pousser en paix, mais est trop lourde pour que le vent fasse le travail... et entre nous va demander à un pommier de se
déplacer..... Donc le pommier s'est mis à comploter pour arriver à ses fins, il  s'est mis à entourer sa graine d'un fruit succulent …  La pomme... Cheval de Troie (bien avant les faits) du pommier. L'animal attiré par le fruit va venir se nourrir de la pomme, et zou après un petit temps de digestion, ses graines transportées à l'insu de son hôte
seront disséminées
es loin de l'arbre originel dans un terreau fertile... Le complot a fonctionné ! Les pommiers ont survécu.


 L : Vous voulez dire qu'à chaque fois que je mange une pomme je me fais manipuler par le pommier ? 

 L.V : En quel-que sorte oui. Et ce n'est pas grave, cela n'empêche pas de se régaler à manger des pommes... Dans notre cas, j'estime que le milieu tango n'offre pas de place aux gens extérieurs à la norme, de par là j'entends :  les LGBTQIQI exclus du milieu "normatif", mais aussi les féministes voulant danser sans pression patriarcales, mais aussi à tous ceux / toutes celles souhaitant danser pour le plaisir de la danse , sans a priori sexuels. Alors j'ai créé cet espace où l'on vient pour le tango, on en ressort avec certes du tango mais aussi une rencontre avec des gens riches de leurs différences…  Et c'est pour moi cette 2ème partie qui est la plus importante, la rencontre de la diversité,  la graine du changement.

 L : Emporté par le vent ? 

 L.V  : En quelque sorte . Le pire serait que la graine reste au sein de notre structure, ou que l'on construise par inadvertance une branche parallèle au tango. C'est pour cela que nous allons tous ensemble sur les soirées tango toulousaines, et inversement toute personne est la bienvenue dans nos soirées. Avoir un pont bidirectionnel de notre oasis, vers le milieu normatif est très important de notre point de vue. Après certains d'entre nous monteront un jour ou l'autre leur structure de danse, voyageront, créeront des projets. Il est évident que ce jour-là notre petite graine mettra son grain de sable.


 L : Et ça marche ? 

 L.V : J'en suis convaincu, en 2007 déjà sans le savoir je complotais pour la gratuité du tango. Je donnais des cours gratuits à Toulouse dans les universités.  L'un de mes étudiants de l'époque revenu dans son pays natal est devenu professionnel...  J'ai été surpris que dans un pays ou la moindre soirée hebdomadaire tango avoisine les 18€, qu'il ait créé la première soirée hebdomadaire gratuite... C'est une manière pour lui de remercier de la gratuité dont j'avais fait preuve à l'époque, et de prolonger ma philosophie du tango dont il partage certains pans.. Ce fut pour moi une preuve concrète que cela marche... Pour les discriminations de genre à Toulouse, on remarque,  après une année d'existence de l'association, qu'il n'y a jamais eu en 10 ans autant de changement de rôle dans l'espace normatif. Les cours par exemple ne recherchent plus des hommes ou des femmes mais des guideurs et guidés. Preuve que les choses changent, dans notre sens, bien plus vite que l'on pourrait croire. 


 L : Qu'entendez-vous par philosophie de tango ? 

 L.V : J'entends par cela un ensemble cohérent d'appréhender notre pâte à modeler Tango. Des partis pris d'interprétation de la matière. Par exemple, pour certaines personnes, guider c'est être là tout le temps, présent dans l'initiative, et en cas contraire c'est une erreur, un "trou de guidage". Pour nous,  au contraire, quand un "trou de guidage" se présente, c'est une liberté où la personne qui suit est invitée à faire un choix d'interprétation, à prendre l'initiative. Personne ne détient la vérité, mais cela reste des visions très différentes d'appréhender la matière... Et cette appréhension ne se situe non pas au niveau "physique" mais de la prise de décision dans le "discours" et donc philosophique.


 L : Vous êtes des sortes de penseurs par la pratique  du tango.... Ça donne envie, Mais en pratique vous restez une minorité !

  L.V : Le tango à vrai dire est un microcosme, dans la région de Toulouse 500 personnes dansent régulièrement le tango argentin. Avec notre 40aine d'adhérents actifs allant en soirée nous représentons tout de même 8% de la masse, nous ne sommes certes qu'une minorité ... mais certainement plus une exception... Notre travail a des répercussions locales. 


 L : Avez-vous rencontré des conflits, ou subi des discriminations ?

 L.V : De par notre action nous créons des frictions, propices au débat (comme pour les chaussures à talons) et à la discrimination, c'est indéniable. Pour ce qui est des conflits internes le débat a souvent lieu,  ayant un temps de partage et d'échange post-atelier, les questions de genres ou d'engagement sont souvent abordées, créant des débats, toujours apaisés par la danse .... Le tango est notre valeur de retrouvaille..


 L : En tant que macho paternaliste, ai-je ma place dans votre association ?

 L.V : Notre association est officiellement une association de "Tango argentin Queer" et donc en faveur de la reconnaissance des diversités sexuelles dans la danse. Donc si vous n'avez pas de problème à être affilié à une association LGBTQI...C'est que quelque part vous êtes ouvert au dialogue, ou du moins curieux. Et donc n'hésitez pas à passer vous avez tout à y gagner.

 
L : Alors à bientôt

L.V :
Avec plaisir !