C'est du Tango ? non c'est un cliché.

C'est du Tango ? non, c'est un cliché.  

Clic, Clac, l'opercule de l'appareil se referme, le moment est là, capté sur l'image, pour une vie entière...
Cliché joyeux d'année Erasmus, nous sommes tous là, le français romantique, l'allemande écolo, et l'espagnol fêtard.  Cliché qui au fil du temps et de la poussière auront pris d'autres couleurs bien moins glorieuses...

 Le cliché vis, change, vieillit, mais jamais s'améliore avec le temps au mieux il meurt dans la désuétude. Il y en a de toutes sortes, du gros, au méchant, passant par le timide, et le ringard..... Mon gros préféré, un méta-cliché : "Si ce cliché existe c'est qu'il y a une part de vrai".

Dans les danses de sociétés se dansant à deux, le cliché est omniprésent, au point que les ateliers dispensés sont de véritables leçons de mœurs. Ces clichés se dérivent dans les actes, se déclinent pour au final toujours arriver à la même fin dans le tango argentin comme à l'église les femmes sont d'un côté, les hommes de l'autre et le pape... argentin forcément. 

Stopper les clichés n'est pas forcément chose facile, mais les reconnaître est déjà un grand pas en avant pour pouvoir par la suite les désamorcer... reconnaître les mots qui qui se substituent à des adjectifs est une étape. Par exemple le classique "argentin" qui, dans le milieu du Tango, se substituant à "de qualité". Connaître les liaisons en cascades en est une autre .... 

Voici un exemple tout à fait anodin d'apparence que l'on peut croiser dans le milieu Tango "stage technique femme (hommes bienvenues)".


Un stage technique femme, est pour ceux ne le sachant pas, est un stage où l'on apprend de petites astuces et fioritures (touches personnelles) pour les personnes qui suivent. Rarement abordé en cours, cet apprentissage se fait souvent en marge de l'enseignement sous forme de stages. Ne voulant pas être discriminatoires la petite épitaphe hommes bienvenues suit généralement soulignant le côté bancal de la chose.

Les mots femme et homme sont des mots puissant, tellement anciens, qu'ils transportent en eux tout un univers et tellement de sens que tout y trouve sa place.  Mais ces mots à force de se complexifier, s'écroulent actuellement sur eux même, ne veulent plus rien dire et les utiliser deviennent de plus en plus problématiques. Le bas jadis soyeux, maintenant, blesse.

Essayons de traduire cet énigmatique "Stage technique femme (hommes bienvenues)". L'une des traductions pourrait être "Stage technique guidés (guideurs bienvenus)" 

 Et là 2 clichés nous sautent au nez qui donne naissance à ces chaines d'égalité démultipliant les clichés : 
  • femme = guidé => objet = dominé = passif 
  • homme = guideur => sujet = dominant = actif
 Et les jeux combinatoires deviennent parfois triste, parfois drôle, voir mignon. Ces transpositions peuvent aider à détecter les clichés. Et finalement y faire face.

Pourquoi ? Comme c'est gratuit et facile, ne pas renommer notre énigmatique "Stage technique femme (hommes bienvenues)" en "Stage technique pour les personnes qui suivent". L'une des raisons possible serrait purement commercial, en effet déchargé de son cliché de genre,  le message perdrait de sa sexualisation et donc par extension deviendrait tout simplement bien moins attractif.

Le problème fondamental de la chose étant que les mots sont des fils menant du concret à l'abstrait et inversement... La notion de sexe, très concrète à la base par exemple est devenue totalement abstraite par la force des mots. Le racisme quant à lui, concept abstrait dépourvu de fondement, est devenu extrêmement concret avec des conséquences graves et inacceptables qui en découlent. 

Changer les mots (chose facile demandant que le coût de l'[at/in]tention) est un pas énorme dans le changement des mentalités, et de la libération par rapport aux clichés.

De ce changement de vocabulaire simple et gratuit, des faits concerts en découlent :
  • On évite de blesser involontairement autrui
  • On combat activement contre les discriminations
  • Cela permet d'accélérer la mise en désuétude du cliché et de s'en libérer
  • On ouvre une zone de confort, laissant une place d'égal à égal de partage.
C'est en réajustant le vocabulaire, que l'on fait tomber les murs mentaux qui nous empêchent d´accéder pleinement au savoir. Savoir indispensable pour pouvoir acquérir la liberté de pouvoir danser le tango indépendamment du nombre de femmes ou hommes présents sur la milonga. Et enfin s'enrichir de nos différences réelles, non physiques.



pour aller plus loin :

  Le changement de vocabulaire est une expérience en cours depuis une année à "La Colmena", même si c'est trop tôt pour en tirer des conclusions, des résultats sont déjà tangent autant dans la lutte contre les discrimination dans le milieu tango de Toulouse, que la fluidité dans l'enseignement. 

 Et vous quels est votre avis ? avez-vous déjà vécu le cliché ?  Avez-vous déjà changé volontairement changé des mots pour faire face aux clichés ? Quels sont vos clichés préférés dans le tango ?  Je vous invite dans les commentaires ci-dessous à partager votre point de vue, vos idées, témoignage autour de la question.