Le temps d'un Bonjour




Le temps d'un Bonjour

 

Une des choses les plus agréables dans le milieu tango, c’est que même les choses simples se font au moment désiré. Autant cela peut choquer dans les débuts, mais omettre de dire bonjour, n’est pas forcément marque d’impolitesse sur la milonga. 
Simplement que cela nécessite son instant propice pour parfois même se faire lors des au-revoir. Non pas que l’on n’ait pas vu la personne, chose impossible, mais que le moment ne s’est simplement pas présenté. 

Beaucoup de nouveaux venus  traduisent cela par du snobisme déplacé, c’est compréhensible. Nous pourrions retourner le problème et dire que c’est de la jalousie mal placée, sur le registre de la reconnaissance. D’un argumentaire et d’autre nous n’avancerions pas d’un pas. 

Dans les faits saisir le moment est tout un art et un plaisir dans le tango. Respecter les échanges inter-personnes en évitant de s’imposer, savoir choisir le bon moment même pour dire bonjour. Il n’est rien de plus agréable qu’une invitation se fasse sur le mode du cabeceo, permettant de terminer proprement sa discussion avant d’aller danser. Pour dire bonjour c’est la même chose. Le moment doit être choisi et consenti.

Le tango est l’une des rares pratiques dansantes permettant de passer une bonne soirée sans dire un mot. Ceci expliquerait le nombre d’introvertis dans le milieu, qui, pourtant, sur la piste expriment en trois pas la création du monde... Parfois dire bonjour est mal venu,  autant pour celui ou celle cherchant du calme, que celui ou celle venu passer une soirée en tête à tête avec une personne en particulier.

Dire bonjour, parfois est aussi extrêmement impoli quand il s’agit de bonjours intéressés, le cas classique étant d’interrompre un tête à tête dans le but de chiper une des personnes voulues. Ou dire bonjour pour subtilement glisser une publicité pour tel ou tel stage/évènement. 

Il ne faut pas perdre de tête que dans la danse de société, les couches se superposent, pour parfois se confondre. De ce jeu de superposition naissent des perspectives trompeuses et donc en découlent des situations souvent difficiles à gérer, voir blessantes. C’est aussi pour éviter ces complications que très vite les gens créent de petits groupes selon leurs affinités, selon leurs envies du moment et ignorent le reste du monde pour vivre la milonga en autonomie, Le cas typique étant les personnes venant avec un(e) partenaire pour  passer la soirée à uniquement danser ensemble. Là aussi un bonjour inopportun serait considéré comme une gêne.

De manière factuelle il y a 4 blocs (tandas) par heure ce qui nous fait pour une soirée de 4 heures seulement 16 partenaires différents si l’on ne fait pas de doublons, et que l’on ne fait pas de pauses. Donc à part dans de petites soirées il est impossible de danser avec tout le monde, et donc il va falloir faire des choix. Ces choix se traduisent aussi dans les « bonjours » d’autant plus flagrants, tant quant à certaines personnes le simple fait de saluer est synonyme d’invitation. 


Bref tout cela est bien compliqué pour les nouveaux venus, mais pour les freaks du tango, à force d’être là , dire ou non bonjour, a perdu compétemment de son sens. On se salue dans l’abrazo, d’un signe de tête entendu ou pas du tout, en début, fin, de soirée, parfois le lendemain  qu’importe...A force de se voir ça n’a pas/plus réellement de valeur…. 
 Vite seules qui comptent  sont ces marques d’attentions hors tango, quand tu n’as plus la force ou le courage d’aller à la milonga et que tu disparais trop longtemps du bal.  Ces vrais amis sont ceux qui le remarquent égal si l’on danse ou pas ensemble qu’on se salue ou pas, qui néanmoins le sentent, et qui devinent par ton absence que cela ne va pas, qui t’appellent pour prendre des nouvelles.... Appels touchants et pleins de sens, annonciateurs de jours meilleurs, ça sonne… nous décrochons et là au bout du fil …. « Bonjour ! »